PORTRAITLES GENTILHOMMES
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Emilie Ramet

- 28 janvier 2025
Voilà presque un quart d’heure que vous êtes en terrasse. Le serveur ne s’est toujours pas présenté, la table est moite, mais peu importe, la conversation est si intéressante que le reste est un détail. Et pourtant cette conversation, on la connaît par cœur car elle vient fréquemment pimenter nos échanges avec les amis, les amis des amis et pourquoi pas le serveur s’il se décide enfin à venir prendre la commande.
Cette discussion, c’est celle où l’on parle sans tabou des relations amoureuses, des dernières rencontres et de tout ce qui donne du relief à nos vies sentimentales. Cet instant où chacun débriefe pendant des heures, y va de sa théorie, de son expérience, et d’où on ressort sans une conclusion ferme et définitive, mais avec un éventail de probabilités.
C’est un peu le concept imaginé par trois amis, Dan, Pascal et Coni, au travers du podcast Les Gentilshommes, disponible sur toutes les plateformes d’écoute.
L’idée est simple et efficace : à chaque épisode, pendant une trentaine de minutes, ils invitent une femme à venir discuter d’un sujet précis lié aux relations amoureuses. «On est à l’écoute», explique Dan. «On se positionne toujours comme les personnes qui veulent essayer de comprendre ce que l’invitée nous dit. Pas de débat, pas de jugement, juste une conversation ouverte et curieuse.”
Chacun des trois animateurs apporte sa couleur à l’émission. Si Dan se décrit comme le romantique du trio, celui qui aime «raconter des conneries» pour détendre l’atmosphère, Pascal, lui, se voit comme quelqu’un qui prône une vision différente du couple. Quant à Coni, absent lors de l’interview mais souvent évoqué, il est présenté comme le mec plus sérieux qui est en couple depuis longtemps. Il est certain que cette diversité fait la richesse des échanges au fil des épisodes. «On a des caractères différents, on a aussi des points de vue un peu différents», explique Dan. «Mais on n’est jamais en train de débattre. C’est plus une discussion qui se complète avec des caractères différents.»
Au fil des quelque 300 épisodes enregistrés depuis 2017, le podcast a évolué, tout comme ses animateurs. «Quand je réécoute les premiers épisodes, je me dis que je racontais pas mal de conneries», avoue Dan avec autodérision. Pascal renchérit : «On a évolué à tout niveau, en tant
qu’être humain, en tant qu’hommes, en tant qu’ intervieweurs et aussi en tant que podcasteurs.»
Cette évolution se ressent dans leur approche des sujets. Si au début, ils avaient peut-être des convictions plus arrêtées, l’expérience du podcast les a amenés à remettre en question leurs propres idées. «On s’est posé des questions», explique Dan. «Comme nos auditeurs, nos auditrices, c’est une sorte de cercle vertueux qui est créé par la conversation et par la discussion.»
Le succès du podcast se mesure à l’engagement de sa communauté. Les animateurs avouent ne pas connaître précisément la répartition hommes-femmes de leur audience mais ils constatent une forte présence féminine lors de leurs événements en direct (spectacle “Questions de meufs” dérivé du podcast éponyme).
Si Dan, Coni et Pascal restent fidèles au format podcast, le succès de l’émission Les Gentilshommes a donné naissance à d’autres projets. Sont nés les formats “Questions de mecs”, “Questions de meufs” et “La hotline les Gentilshommes”. Sans oublier le spectacle dérivé du podcast «Réponse de Meuf», ainsi qu’une application de rencontre en développement par Coni. Mais le projet qui semble exciter le plus l’équipe, c’est l’écriture d’un livre. «On a toujours ce projet de bouquin», confie Pascal. Si le concept exact reste à définir, l’idée serait de proposer un ouvrage qui synthétise ce qu’ils ont appris au fil des années sur les relations amoureuses.
La communauté des auditeurs participe activement à la vie du podcast. Même si les premiers épisodes ont été réalisés avec la collaboration d’amies du trio, très rapidement sont arrivées des propositions de sujets et de témoignages de la part d’auditrices souhaitant partager leur histoire. «On a eu énormément de sollicitations de gens qui nous écoutent, qui se retrouvaient dans notre démarche, mais aussi dans nos invitées et qui nous ont proposé de venir parler de divers sujets», raconte Pascal.
Au fil des années, Les Gentilshommes ont abordé une grande variété de thèmes liés aux relations amoureuses. Certains épisodes sont devenus emblématiques, comme la fameuse trilogie du “Prince Charmant”, où une invitée est revenue plusieurs fois raconter l’évolution de sa quête amoureuse.
Nos trois animateurs notent également une évolution des sujets abordés, en lien avec les changements sociétaux. «Il y a eu une évolution dans la société avec MeToo, avec le fait qu’il y a plein de choses qui ont quand même évolué dans le bon sens sur un rapport de domination, même dans la rencontre qui s’équilibre un peu plus», observe Dan.
L’une des particularités des Gentilshommes, c’est son format brut. Pas de montage, pas de chichi, pas d’habillage sonore sophistiqué. «On se met autour de la table, on appuie sur enregistrement et à la fin on appuie sur stop», explique Pascal. Cette approche donne une authenticité aux échanges et permet de maintenir un rythme de production régulier, avec un épisode par semaine. Ce choix n’est pas anodin. Comme l’explique Dan, «le plus important, c’est qu’on tienne la régularité». Cette constance a permis de fidéliser une audience qui sait qu’elle aura son rendez-vous hebdomadaire avec Les Gentilshommes, un peu comme le feuilleton du samedi soir, sauf que ce serait le jeudi matin.
Malgré son aspect brut, le podcast bénéficie d’une production de qualité. Les Gentilshommes peuvent compter sur Mitch, leur ingénieur du son, fidèle depuis le début, qui est décrit comme «le quatrième gentilhomme». Son expertise leur permet de se concentrer sur le contenu sans se soucier des aspects techniques. Pour le reste, ils sont bien entourés et utilisent leur réseau pour s’autoproduire.
Les Gentilshommes, c’est plus qu’un simple podcast sur les relations amoureuses. C’est une conversation évolutive, un espace de réflexion et d’échange qui grandit avec ses animateurs et son public. C’est un miroir des évolutions de notre société en matière de relations hommes-femmes, vu à travers le prisme de trois amis qui n’ont pas peur de se remettre en question. Et c’est peut-être ça, finalement, qui fait d’eux de vrais gentilshommes.
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À propos de l'auteur / Emilie Ramet
Emilie Ramet est comédienne sur ses K7 audio depuis l’âge de 7 ans. De Paris au festival d’Avignon, elle est mise en scène plusieurs années consécutives dans Cuisine et Dépendances, Un air de famille de Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui puis continue de se former avec Tiffany Stern à l’Actors Factory. Emilie n’a jamais oublié ses cassettes, elle est également comédienne voix-off (publicités, audiobooks, doublage). En 2012 elle co-écrit un premier long-métrage, puis se lance quelques années plus tard dans la rédaction de son premier roman AB +, adapté en 2022 en podcast “Le hasard n’existe pas”.






