Remettre de la couleur dans le livre
Gallimard, Plon, Grasset et apparentés nous en produisent des wagons à longueur d’année : c’est la littérature “blanche”, ou généraliste, catégorie fourre-tout pour les romans qui n’ont pas de genre autre que la neutralité. Politiquement correcte et souvent sans envergure, elle est pourtant la seule saluée par l’Académie française. Mais il faut vivre avec son temps et c’est pourquoi France Culture met à l’honneur, une fois par semaine, la littérature “de genre” qui est de plus en plus répandue et populaire (avec de fréquents ajouts sur le cinéma).
Mauvais genres balaie large : polar, imaginaire, poèsie, bande dessinée et même littérature érotique ! Affublé de métaphores parfois aussi abstraites que “la chose” (pas celle de la famille Addams hein), Eros est pourtant au cœur des préoccupations d’une large majorité des êtres vivants. En littérature, il peut se cacher partout. Tous prendront plaisir à le lire mais peu oseront l’admettre. Pour les plus chastes yeux, il y a aussi la romance, qui connaît un fulgurant essor ces dernières années.
Bulles de joie
Les institutions françaises aiment le roman bien lourd, nostalgique de Balzac ou de Zola. Les petits dessins de la bande-dessinée, pourtant reconnue comme le “neuvième art”, peinent à séduire les hautes instances de la langue qui l’imagine réservée aux enfants et aux analphabètes. Et ce, quel que soit le genre de l’histoire dépeinte par des bédéistes méticuleux. D’Europe, d’Amérique (comics) ou d’Asie (manga), rendons hommage aux milliers de cases et aux millions de phylactères qui n’attendent que l’ouverture d’esprit du monde académique.

Noir, c’est noir
De la petite enquête au polar glaçant, le genre “policier” est le principal adversaire du livre généraliste. Parce qu’on le qualifie de littérature “noire”, il a fait naître le blanc dans le camp adverse. Sont venus s’y greffer l’horreur (car il n’y a pas besoin d’images, des mots bien choisis peuvent faire naître des cauchemars toute une nuit, nul besoin de montrer ce qui peut être suggéré) et le roman de guerre, qui hélas n’est pas une fiction. J’ose même déborder sur le thème suivant et y ajouter l’anticipation, post-apocalyptique ou dystopique, parmi les plus noirs errements de l’âme humaine.
Débrider nos créativités
La plus conspuée de toutes, encore trop souvent associée aux enfants, au mépris de sa diversité : la littérature SFFF. Science-fiction, fantasy et fantastique. Rêver le futur, réinventer le passé. En voyage sur d’autres planètes avec robots et extraterrestres, chevauchant avec les elfes et les sorciers, dansant avec les fées et les licornes, l’imaginaire nous fait oublier un temps les tracas du réel. Pourquoi, sur injection du capitalisme, les adultes ont-ils aussi peur de garder leur âme d’enfant ? Ce sera peut-être l’objet d’un autre podcast…

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